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31/08/2007

Yves Michaud

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Je suis en train de lire un livre brillant portant sur la situation de l'art contemporain en France. Il date de 1997 mais garde toute sa pertinence encore aujourd'hui. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer un extrait que je trouve particulièrement bien vu :
" Il ne s'agit pas ici de faire un palmarès ou de se donner bonne conscience, mais de s'interroger sur l'étrangeté d'une situation où la réunion d'une production artistique de qualité et d'un sentiment général de dépression a un effet finalement négatif: l'installation graduelle d'un découragement, d'une démission ou, plus sournoisement, d'un manque d'ambition. Le danger qui guette les artistes français, c'est aujourd'hui une limitation progressive, voire l'extinction de leurs ambitions.
Que faut-il incriminer ici ?
D'abord la situation générale d'un pays dont la population "active" est composée aujourd'hui d'un tiers de fonctionnaires, un tiers d'actifs du secteur privé et un tiers de personnes en situation d'exclusion et/ou d'assistance. Dans une société qui manque autant de confiance en elle-même, qui est affectée depuis plusieurs années d'une sorte de dépression collective, qui a une peur panique du changement, il n'y a pas de raison que les activités artistiques soient à l'abri du climat général. C'est le contraire qui serait surprenant. L'appareil institutionnel de l'art est fonctionnarisé et corporatiste, il est replié sur ses intérêts, et la moindre remise en question le crispe agressivement sur ses positions. Le monde des artistes est, lui, partagé entre une frange d'assistés-fonctionnarisés ( les artistes professeurs et les artistes labellisés d'Etat ), et une majorité d'exclus-assistés. Quand au secteur privé actif, il est représenté par une minorité de jeunes artistes qui essaient d'avancer par eux-mêmes.
Un élément décisif de ce manque d'ambition tient évidemment à l'absence de réponse aux travaux, que ce soit auprès des collectionneurs ou bien des lieux d'exposition.
Au niveau national ou régional, les responsables officiels cherchent à se positionner d'après ce qu'ils croient être les courants internationaux à la mode et s'interrogent frileusement pour savoir si tel ou tel artiste est digne d'être exposé dans les sanctuaires publics. On a ainsi vu les musées et centres d'art gagnés par une maladie de la "notabilisation", ou ce qu'on pourrait appeler le "syndrome de Zinoviev", en vertu duquel ne peuvent être décorés ( promus, cités ) que ceux qui ont déjà été décorés ( promus, cités ): il ne faudrait exposer que ceux qui sont dignes d'être exposés. (...) Les gens d'appareil se désolent bruyamment que Paris ne dispose pas d'un lieu pour l'art contemporain vivant - mais ce sont eux qui ont transformé en sanctuaires de chic international successivement les galeries contemporaines du centre Pompidou et la galerie nationale du jeu de Paume. Qu'on leur crée, comme ils le demandent, un centre d'art contemporain, et ils en feront dans les meilleurs délais une morgue chic. Les Américains ont le droit d'avoir un Whitney Museum of American Art et on les admire, mais les Français se croient devenus lepénistes d'en faire autant ! "

Yves Michaud - "La crise de l'art contemporain" - Puf

21:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Tu as raison, en 10 ans, rien n'a changé, et ce n'est pas maintenant que cela va changer, au contraire, les plus hautes instances aiment le clainquant et le brillant

Écrit par : solange rabatel | 01/09/2007

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